Des œufs bio au presbytère ?!

Ce que donne la terre et les animaux est à tout le monde 

Non, ce n'est pas encore l'heure des œufs de Pâques, mais les "œufs du presbytère", eux, sont déjà là!

Nous sommes allés voir le père Pierre Alain afin qu'il nous en dise en peu plus...

 

Père Pierre Alain, depuis quelques jours, le jardin de la maison paroissiale a de nouvelles pensionnaires semble-t-il ?

 

Oui, six belles poules pondeuses ont élu domicile dans un poulailler tout neuf. Début février, quelques paroissiens se sont retrouvés pour une matinée « chantier » et un poulailler en bois a pris place au milieu d’un enclos de 70 m2 construit dans l’angle Nord Est du jardin.

 

D’où est venue cette idée de mettre des poules dans le jardin du presbytère ?

 

L’idée est venue d’un paroissien et elle est excellente ! D’abord parce que nous avons beaucoup de place. Ensuite parce que ces poules vont facilement absorber les ordures ménagères du presbytère et ainsi faire baisser le poids de nos déchets. Enfin et bien sûr, parce que nous pourrons bientôt goûter leurs œufs !

 

Est-ce que ces œufs seront garantis bio ?

 

Bien plus encore ! Nous sommes largement au-dessus des minima imposés au label bio en terme de surface par poule et d’alimentation !

 

Six poules, cela représente combien d’oeufs par jour ?

 

J’espère entre 4 et 5 œufs par jour en moyenne.

 

Mais avec le P. Eloi vous n’êtes que deux au presbytère. Vous allez réussir à manger tous ces œufs ?

 

Non bien sûr. Nous laisserons des oeufs en libre service à l’accueil de la Maison Paroissiale. Les personnes venant à la permanence d’accueil pour un renseignement, pour inscrire un enfant au baptême ou un mariage ou pour toute autre raison, pourront repartir avec des œufs.

 

Ces œufs seront gratuits ? Pas à vendre ?

 

Oui, complétement gratuits ! Je ne vais quand même pas vendre ce qui n’est pas à moi !?! Car ce sont les poules qui nous donnent ces œufs ; ils ne nous appartiennent pas. Nous ne faisons que partager ce que nous donne la nature. Lorsque j’étais en Bolivie en 2016 avec les pères missionnaires jésuites, j’ai découvert la culture des indiens Moxos pour lesquels la propriété privée est une notion totalement étrangère. Dans cette région de l’Amazonie où la nature est très généreuse, ce que donne la terre et les animaux est à tout le monde. J’ai envie de vivre ici un peu de cette sagesse des indiens d’Amazonie.

 

Mais alors tout est à tout le monde ?

 

Non, bien sûr. Nous ne pourrions pas cohabiter dans notre société occidentale sans propriété privée. Mais vous savez que selon la doctrine sociale de l’Église, la propriété privée, si elle est reconnue, n’est pas un droit absolu ; car Dieu a créé la terre et ses richesses pour tous les hommes. L’Église défend le principe de la « destination universelle des biens ». Cela veut dire que celui qui possède des biens est investi d’un devoir : le devoir de bien gérer sa richesse afin qu’elle profite au plus grand nombre. Pour l’Église, la richesse n’est pas un privilège, elle est une responsabilité au service des autres. Voilà qui devrait nous éclairer par les temps qui courent…

 

Alors vous appliquez le principe de la destination universelle des œufs ?

 

Oui, c’est un peu ça ! C’est symbolique bien sûr. Juste quelques œufs. Mais ce petit clin d’œil de notre paroisse dit quelque chose de la manière dont nous pouvons, en tant qu’Église, défendre une manière plus juste de vivre ensemble. J’aimerais que les chrétiens se laissent inspirer par leur tradition millénaire : celle de la justice et du partage. Un jour sur le chemin de Compostelle, à l’entrée d’un refuge paroissial, était posée une corbeille avec de l’argent. Il faut savoir que les refuges sont payants sur le chemin de Compostelle. Mais dans ce refuge, le curé avait posé une corbeille avec cette inscription : « Que celui qui a assez, donne. Que celui qui manque, se serve ». J’aimerais que mon presbytère ressemble à cela…





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