424 - Prier pour ceux qui sont partis devant…

Dans l’expérience du deuil, il est un second mouvement possible : il consiste à ne plus enfermer nos défunts dans les souvenirs d’un passé à jamais perdu mais de les regarder comme ceux qui sont partis devant, comme des éclaireurs sur le chemin de la Vie.

L'Édito du 3 novembre 2019

          Nous savons tous ce que signifie perdre un être cher. Tous, nous avons été frappés de près ou de loin par la mort d’un proche. Ces jours-ci, l’Église prie pour les défunts ; ce week-end nous nous rassemblons dans les cimetières de nos communes et au cours des quatre messes de ce dimanche nous portons dans notre prière tous les défunts de l’année. Mais cette prière n’a rien de sinistre ; elle repose au contraire sur la conviction qu’avec la mort physique, la vie n’est pas détruite mais elle est transformée ; le lien n’est pas coupé mais il entre dans une nouvelle dimension. 

 

          Lorsque nous pensons à nos défunts, notre premier mouvement est toujours la tristesse, la nostalgie d’un passé perdu, la douleur de la séparation. Il est inévitable de passer par ces moments mais il faut éviter de s’y enfermer au risque de rester tournés vers un passé perdu, voire dans l’amertume ou le ressentiment contre Dieu. Et au fond, ne plus vivre vraiment… 

 

          Mais, dans l’expérience du deuil, il est un second mouvement possible : c’est comme quelque chose d’imperceptible qui se passe en nous. Et l’on se réveille un beau matin avec la certitude d’un lien, d’une communion entre eux et nous, d’une nouvelle manière pour nos proches défunts d’être présents à nos vies. Lorsque nous prions pour nos défunts, nous sommes animés de cette foi : la communion de la prière - ce lien invisible que Dieu créé entre nous - est plus fort que la mort. 

 

          Ce second mouvement dans le deuil est comme une conversion, un changement du regard : il consiste à ne plus enfermer nos défunts dans les souvenirs d’un passé à jamais perdu mais de les regarder comme ceux qui sont partis devant, comme des éclaireurs sur le chemin de la Vie. Cette conversion intérieure n’épargne pas du chagrin bien entendu mais elle nous apprend à regarder autrement l’avenir et à nous tourner résolument vers la Vie ! C’est uniquement lorsque l’on cesse de s’agripper à cette vie comme notre seul espoir que l’on commence à vivre réellement. C’est seulement lorsque la mort est accueillie comme partie intégrante de la Vie qu’elle est vaincue, engloutie dans une Vie plus grande. 

 

          L’Église porte dans sa prière tous ses enfants y compris ceux qui nous ont précédés. Car nos défunts sont vivants, plus vivants que nous ; ils sont simplement partis devant, simplement un peu plus avancés que nous sur le chemin de la Vie ! C’est nous qui ne sommes encore qu’imparfaitement vivants mais en priant Dieu pour eux nous faisons déjà l’expérience de cette Vie en plénitude.  

 

Pierre Alain LEJEUNE

Crédit photo: G. Chambon

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