425 - Le célibat des prêtres en questionnement

Je veux même croire que cette réforme ouvrant la double possibilité nous conduira à redécouvrir que le célibat choisi pour le Royaume est un trésor et un don de Dieu pour son Eglise.

L'Édito du 10 novembre 2019

        Il y a deux semaines s'achevait le Synode pour l'Amazonie ; parmi les nombreuses orientations préconisées par le Synode, il en est une qui a fait grand bruit et ému bien des personnes : la possibilité d'ordonner prêtres des hommes mariés. Certes cette décision, si elle est confirmée, représenterait un changement important dans l’Église latine. Mais les commentaires entendus ici et là me semblent souvent délirants : ils sont soit euphoriques à l’excès, comme si cette décision mettait fin à l'obscurantisme supposé du Vatican, soit dramatiques comme si ce changement de discipline signait la fin de l’Église.

          Aux premiers, je voudrais d'abord préciser qu'il ne s'agit pas du « mariage des prêtres » comme on l'entend souvent. Les prêtres ne vont pas se marier ; mais il est question d'ordonner prêtres des hommes mariés, ce qui est tout à fait différent. Ensuite, il faut cesser de voir le célibat comme un interdit ou une obligation mais comme un choix. Comme mes frères prêtres, j'ai choisi de vivre dans le célibat : personne ne m'a rien imposé, ni interdit. Je l'ai choisi après 8 années de discernement, par amour du Christ et de l’Église et je l'ai choisi parce que j'y ai trouvé le meilleur moyen, pour moi, de vivre pleinement mon baptême. Je l'ai choisi comme un bien désirable et non comme un fardeau imposé et cette vie me rend profondément heureux.

          Bien sûr, comme tout engagement, le célibat nous fait passer par la rudesse du quotidien et le combat intérieur. Mais que je sache, le combat qu'il nous faut mener pour renoncer aux mirages d'une autre vie n'est pas réservé aux prêtres. Ce combat intérieur fait partie de toute vie ; je crois même que c'est en acceptant ce combat que l'on grandit vraiment. Il y aura toujours des prêtres célibataires dans l’Église, signes que l'amour du Christ excède tout raisonnement humain.

          Et à ceux qui s'affolent injustement, je précise que l'enjeu est de permettre à des communautés chrétiennes isolées de l'Amazonie de ne pas être privées d'eucharistie parfois pendant plusieurs années. C'est une réponse pragmatique à une question concrète et vitale. Ce qui doit guider nos évêques, c'est l'amour de l’Église et le salut de tous les hommes. En ce sens, il me semble que cette décision est bonne et ne remet nullement en question le célibat de ceux qui l'ont choisi. La discipline de l’Église a souvent évolué au cours de l'histoire afin de répondre aux besoins du monde réel et non d'un monde rêvé. D’ailleurs, même si beaucoup l’ignorent, dans l’Eglise catholique nous avons toujours connu la coexistence de prêtres mariés et prêtres célibataires dans les communautés de rite oriental (par exemple pour les maronites du Liban).

          Je veux même croire que cette réforme ouvrant la double possibilité nous conduira à redécouvrir que le célibat choisi pour le Royaume est un trésor et un don de Dieu pour son Eglise.

 

 

P. Pierre Alain LEJEUNE

 

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