439 - Le carême : la conversion du désir

Celui qui veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
(Mt 16,24)

L'Édito du 23 février 2020

          Depuis quelques mois je suis animé d’une conviction : si l’Évangile est si peu reçu dans notre monde, c’est sans doute parce qu’il n’est pas désirable ; du moins au regard de nos désirs premiers. Ce que nous désirons toujours d’abord, c’est être tranquilles, être comblés, être satisfaits. Sur ce point les « nouvelles spiritualités », techniques de développement personnel et autre Reiki sont beaucoup plus attrayantes. Et tellement opposées à l’Évangile… Car l’Évangile – du moins si nous l’écoutons réellement – ne comble pas notre soif de tranquillité, notre prétention naturelle à être satisfaits ; il nous invite au contraire à un renoncement, à un dépouillement de nous-mêmes. Or, le renoncement, ce n’est pas très vendeur …

          Ceux qui trouvent que j’exagère pourraient simplement relire l’avertissement que Jésus adresse à ceux qui prétendent le suivre : « celui qui veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16,24). A la lecture de ces mots, le plus surprenant, est que nous soyons encore quelques-uns à nous entêter malgré tout à vivre de l’Évangile et à le proclamer comme une Bonne Nouvelle ! Mais pour cela il faut avoir entendu que cette Parole est profondément libératrice ; il faut avoir découvert que l’Évangile rejoint un désir plus profond en nous.  Il s’agirait donc de renoncer à nos désirs premiers afin de trouver un désir plus fondamental, notre vrai désir, celui qui vient de Dieu. 

          « La conversion du désir », l’expression est de Saint Bernard de Clairvaux qui par ces mots désignait le grand défi de la vie chrétienne : ré-ordonner l’homme tout entier selon le désir de Dieu. En ce sens, la vie chrétienne est toujours un chemin de conversion, de transformation, un combat intérieur. Dans un monde qui ne jure que par la satisfaction du désir individuel, un monde qui a réduit l’idée de bien à « j’ai envie » et l’idée de mal à « je n’ai pas envie », dans un tel monde, parler de conversion du désir est un véritable défi ! Le carême qui commence cette semaine pourrait-il nous entraîner sur ce chemin ? 

          La prière, le jeûne et l’aumône ont pour effet de convertir notre désir : par la mise à distance de nos désirs premiers, par l’acceptation du manque, par l’ouverture à l’autre, ils nous libèrent et nous ouvrent au désir plus grand de Dieu. Je vous invite à entrer dans ce carême avec cette confiance et cette détermination : suivre le Christ nous transforme, nous dépouille, nous libère. Il n’y a pas de vie chrétienne sans une profonde transformation intérieure, sans une vraie conversion de nos désirs. La vraie joie est à ce prix. Bon carême à nous tous ! 

Père Pierre-Alain LEJEUNE

 

 

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