432 - Par un autre chemin

Et nous ? Comment rentrons-nous chez nous le dimanche midi, après l’Épiphanie de chaque eucharistie ?

L'Édito du 5 janvier 2020

            Nous connaissons bien le récit des mages venus d’Orient ; jusque dans les moindres détails. Mais il en est un - de détail - sur lequel nous pourrions nous arrêter un instant. Saint Mathieu termine son récit en précisant que les mages regagnèrent leur pays « par un autre chemin ». Bien sûr, cette précision narrative s’explique par le fait que les mages ont découvert la malveillance d’Hérode vis à vis de Jésus ; ils vont donc éviter de repasser par le palais d’Hérode. Mais il y a probablement un autre sens à entendre dans ces mots : « par un autre chemin ».

 

            Ces hommes ont regagné leur pays par un autre chemin ; la manifestation de Dieu (c’est ce que veut dire « Épiphanie ») en cet enfant nouveau-né a changé quelque chose en eux. Après la rencontre du Dieu vivant, il est impossible de revenir à sa vieille route. Leur retour chez eux n’a pas été seulement un retour au point de départ, comme on rentre à la maison après s’être diverti quelque temps. Quelque chose a profondément changé en eux. Et nous ? Comment rentrons-nous chez nous le dimanche midi, après l’Épiphanie de chaque eucharistie ?

 

            Nous cherchons parfois dans l’Évangile une parole qui nous rassurerait, une parole qui viendrait combler nos manques et nos désirs. Mais il y a là un grand malentendu. Car l’Évangile n’est pas une parole qui comble mais une parole qui déplace ; non pas une parole qui rassure mais une parole qui retourne et ouvre un horizon insoupçonné.

            Pour ne prendre qu’un exemple : nous rêvons d’immortalité sous le mode un peu archaïque de la continuité de ce moi auquel nous nous agrippons ; nous voudrions continuer d’être ce que nous avons toujours été. Ou plutôt de ce que nous croyons être ; alors que ce Moi n’est que la caricature de ce que nous sommes appelés à devenir… Ce moi possessif qui ne veut pas se laisser transformer, qui reste agrippé à ses prétentions d’accomplissement narcissique ; ce moi que nombre de spiritualités à la mode ne font que flatter.

            A l’inverse, l’Évangile invite à mourir dès à présent à son propre moi pour exister enfin, pleinement vivant. La Vie en plénitude passe par la mort de l’homme ancien en nous pour qu’advienne l’homme nouveau… Pour entendre cela et pour le vivre, il faut consentir à être « dérouté » au sens premier du terme, à rentrer chez soi « par un autre chemin ».

 

            Les vœux de bonne année que nous nous souhaitons ont souvent l’arrière-goût du vieil homme : « que tous tes désirs soient comblés… ». Essayons ces jours-ci de rompre avec cette manière fausse d’exprimer nos vœux. Car la meilleure chose qui puisse nous arriver, ce n’est certainement pas que nos désirs soient comblés mais que nous soyons réellement transformés, que nous repartions « par un autre chemin ». Bonne année 2020 !

P. Pierre Alain LEJEUNE

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