443 - « Si tu savais le don de Dieu ! »

« Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur »
(Dt 8,2)

L'Édito du 22 mars 2020

          Dimanche dernier, au premier jour de privation de la messe dominicale, nous avons entendu ces mots que Jésus adressait à la femme de Samarie : « Si tu savais le don de Dieu ! ». Depuis quelques jours ces mots résonnent fortement en moi. Peut-être au fil du temps, avions-nous oublié le don de Dieu ; oublié combien nous sommes, les uns pour les autres un don de Dieu. Chaque jour nous nous levons, nous respirons, le sang coule dans nos veines sans que nous y prêtions la moindre attention. Peut-être avions-nous oublié le miracle de la vie, la simple joie d’exister, la valeur infinie de chaque minute donnée. « Si tu savais le don de Dieu ! ». Peut-être Saint François d’Assise avait-il raison lorsqu’il exultait de joie devant une fleur et parlait aux oiseaux. « Si tu savais le don de Dieu !».

          C’est lorsque l’on est privé d’une chose que l’on en découvre le prix. Parfois, la chose la plus banale et insignifiante se révèle véritablement au moment où elle nous manque. Et voilà que ces rencontres quotidiennes qui paraissaient insignifiantes et auxquelles nous ne prêtions souvent que peu d’attention, nous manquent terriblement aujourd’hui. « Si tu savais le don de Dieu ! ». Et voilà que l’eucharistie, ce petit bout de pain que nous recevions parfois de manière un peu distraite, révèle par son absence, un vide immense. « Si tu savais le don de Dieu ! ».

          Je prie pour que chacun de nous, à travers ce long temps d’isolement, privé de ces relations qui tissent nos vies, redécouvre le trésor qui nous est donné en chaque personne rencontrée. « Si tu savais le don de Dieu ! ». Je prie pour que, privés de l’eucharistie, privés du sacrement du pardon, privés du baptême et du mariage pour tous ceux qui s’apprêtaient ces jours-ci à ces grandes fêtes, vous soyez replongés dans l’immense trésor que représentent les sacrements de Jésus-Christ. « Si tu savais le don de Dieu ! ». Au désert, pour redécouvrir ce que veut dire avoir faim de Dieu, avoir soif de Dieu.

          Je prie pour que nous autres prêtres, diacres, évêques qui avons été ordonnés par amour du peuple de Dieu et qui sommes aujourd’hui dans l’impossibilité de vous rassembler, de célébrer pour vous les sacrements, de visiter les personnes malades,… je prie pour que cette épreuve nous conduise à revenir au cœur de notre vocation : par amour du peuple de Dieu. « Si tu savais le don de Dieu ! ».

          Vous vous souvenez peut-être que le mercredi des cendres, lors de l’homélie, j’ai cité ce passage du livre du Deutéronome : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur » (Dt 8,2).  Je ne soupçonnais pas alors que notre carême prendrait une telle tournure. L’épreuve du désert met notre cœur à nu devant Dieu.

          Un jour, nous retrouverons ce dont nous sommes privés aujourd’hui et nous en goûterons alors le prix infini ; et nous saurons quel est le don de Dieu. Un jour, nous chanterons à nouveau dans nos églises et imaginez la joie qui nous sera donnée alors !!! Mais on ne fête pas la résurrection sans passer par le Golgotha, on ne trouve pas la vie sans consentir à mourir. Le don de Dieu est à ce prix. Gardez courage ! Avec Eloi et Alain, nous prions pour vous tous depuis notre Maison Paroissiale. Vous nous manquez terriblement.

 

Père Pierre-Alain LEJEUNE

 

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