446 - Le vide et le plein

Qu’aurons-nous appris de ce carême exceptionnel que nous venons de parcourir confinés dans nos maisons ?

L'Édito du 12 avril 2020

          Il y a des pleins qui sont vides et des vides qui sont pleins… Depuis des décennies, nos journées, nos semaines étaient pleines. Trop pleines. Pleines de précipitation, de bruit, d’activité et de gaz d’échappement. Il fallait remplir, produire, acheter, aller plus vite et plus loin, ne pas se laisser distancer. Nos agendas de marathoniens étaient si pleins qu’il nous semblait impossible de nous laisser surprendre par l’imprévu. Mais au fond de nous, nous le savions : ce plein trahissait un vide terrifiant. Vide spirituel, vide de sens, vide de disponibilité à l’autre, au temps qui passe et à la fleur qui pousse. Vide de vie… Il est des pleins qui sonnent terriblement vides, terriblement creux.

          Mais il y a des vides en revanche qui sont pleins ! Entrant dans le tombeau vide, l’apôtre Jean voit et il croit. Que voit-il ? Rien, puisque le tombeau est vide. Jamais aucun vide n’eut autant de sens, jamais aucun vide ne fut autant habité d’une présence. Voilà un vide qui ouvre nos yeux, qui ouvre nos vies à au-delà d’elles-mêmes. Voilà un vide qui rend libre ! La résurrection de Jésus ne s’impose pas à nous par une omniprésence envahissante. Dieu nous aime trop pour nous envahir et nous contraindre. Mais elle se dit discrètement par une pierre roulée et un tombeau vide ; par le silence d’un petit matin dans un jardin. Et aussi par le geste du pain partagé, de la coupe offerte. Il est des vides qui sont pleins ; des silences et des espaces qui nous grandissent et nous élèvent. La résurrection de Jésus est comme un chemin ouvert pour qui veut bien s’y risquer. Un chemin qui se déploie et s’ouvre au fur et à mesure que l’on s’y engage. Il est des vides qui nous font vivre !

          Qu’aurons-nous appris de ce carême exceptionnel que nous venons de parcourir confinés dans nos maisons ? Qu’allons-nous garder de ces semaines où nos agendas se sont retrouvés soudainement… vides ? Vides comme un tombeau au matin de Pâques. Qu’allons-nous retenir de cette Pâques hors du commun ? Peut-être que la vie de Dieu, la vie à laquelle Dieu nous fait renaître, ne procède pas d’une sorte de remplissage, comme un nouveau logiciel qu’il faudrait ajouter à nos disques durs déjà saturés ; mais bien au contraire d’un trop plein enlevé, d’un espace libéré. Le tombeau est vide… Dieu fait de la place ! Il ne vient pas ajouter ce qui nous manquait, il vient enlever ce qui était en trop. Comme on désensable une source. En réalité, nos vies ne souffrent pas de manque mais de trop plein… Et Dieu nous sauve en dépouillant nos mains, en nous libérant de nous-mêmes et de nos egos envahissants.

          La crise sanitaire que nous traversons est encore loin de son terme et il est à craindre qu’elle se prolonge par une crise économique et sociale sans précédent. Il nous faudra affronter tous ces défis ; la foi chrétienne n’est jamais une fuite du réel. Mais ce matin nous respirons le grand air de Pâques. Confinés dans nos maisons mais libérés, nous le savons. Plus libres que nous ne l’avons jamais été. Le tombeau est vide. Jésus est ressuscité ! Et sa présence illumine nos vies !

Père Pierre-Alain LEJEUNE

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+