453 - La joie des retrouvailles

Allez dans la paix du Christ

L'édito du 31 mai 2020

         Quel clin d’œil ! A moins que ce ne soit un « clin Dieu »… C’est le jour de Pentecôte que nous pouvons enfin nous rassembler de nouveau dans nos églises après plus de deux mois d’une séparation imposée par la pandémie. Or la fête de Pentecôte est ce moment unique de l’année où le Seigneur vient nous pousser hors de nos églises ! Il vient nous rappeler que nous ne pouvons pas rester entre nous mais qu’il nous faut nous risquer dehors pour y porter le feu de l’Evangile. Ce dimanche nous nous retrouvons enfin dans l’église pour nous entendre dire qu’il nous faut sortir... Quel humour dans ce calendrier !

          Nous éprouvons une grande joie - à juste titre - de retrouver nos assemblées dominicales et il ne faut surtout pas gâcher cette joie. Mais il s’agirait plutôt d’en comprendre le sens et la vérité profonde. Si nous nous rassemblons, ce n’est certainement pas pour rester ensemble, séparés du monde, dans une sorte d’entre-soi, de cocon bien chaleureux. C’est au contraire pour être envoyés dans le monde.

          Un jour, lorsque j’étais aumônier des étudiants, après une soirée sur le thème de l’eucharistie, poursuivant la discussion avec les plus noctambules d’entre eux dans un bar du quartier Saint Pierre autour d’une bonne bière, une étudiante en médecine m’expliqua que le rassemblement eucharistique trouvait une belle illustration en cardiologie. Le battement de notre cœur connaît deux mouvements : la diastole et la systole. La diastole est la phase au cours de laquelle, le muscle cardiaque se relâche et, en se dilatant peut ainsi se remplir de sang. La systole est le second mouvement, celui de la contraction du cœur qui va propulser le sang dans tout le corps.

          J’ai trouvé cette illustration très parlante pour évoquer ce qu’il advient de l’Eglise dans la célébration eucharistique. Celle-ci fonctionne comme le cœur qui irrigue le corps entier : nous nous rassemblons dans l’église dans l’unique but d’être envoyés vers l’extérieur pour irriguer tout le corps. Ces deux temps du cœur qui bat dit quelque chose de l’Eglise qui se rassemble pour être envoyée, de ce battement hebdomadaire de rassemblement et d’envoi. Si bien que nous pouvons dire qu’une des paroles essentielles de la messe est la dernière, celle prononcée habituellement par le diacre : « Allez dans la paix du Christ ». C’est pour entendre cette parole, c’est pour être envoyés que nous nous sommes rassemblés.

         Si la joie des retrouvailles est habitée de cette conviction alors elle sera réellement féconde, quoi qu’il en soit des contraintes sanitaires que nous devons observer. La joie de nous rassembler dans l’église n’a de sens que si nous en sortons bouleversés par ce que nous y avons entendu, vu et reçu. La joie des retrouvailles n’est vraie que si nous nous séparons avec la même allégresse que celle que nous aurons éprouvée à chanter ensemble.

 

Père Pierre-Alain LEJEUNE

Crédit photo : Paroisse Saint Léger

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