454 - L'exigence de la conversion intérieure

« Ce christianisme sans Christ est une perversion absolue. Il a quelque chose de blasphématoire. »

Jean-Pierre Denis

L'édito du 7 juin 2020

          L’image a choqué les chrétiens que nous sommes. A Washington, alors que son pays est secoué par une vague d’émeutes suite au meurtre d’un manifestant noir par un policier blanc, le président américain vient se faire prendre en photo devant sa paroisse en brandissant la Bible. Cette image est choquante car une fois de plus - mais hélas ce fut fréquent en 20 siècles d’histoire - la religion chrétienne est instrumentalisée au bénéfice d’intérêts politiques et de convulsions narcissiques.

 

          A l’évidence, le président américain n’a jamais lu le livre qu’il brandit car se présenter Bible au poing au moment où il prétend rétablir l’ordre par la force et où il se place résolument du côté des relents ségrégationnistes, représente une contradiction absolue, un blasphème pour quiconque croit en Jésus Christ. D’ailleurs, dans la main de cet homme, la Bible pourrait tout aussi bien être une arme à feu : pour lui, cela ne changerait apparemment pas grand-chose. Donald Trump n’en est pas à son premier dérapage et il ne faut sans doute pas donner trop d’importance aux facéties d’un personnage tellement excessif qu’il en devient insignifiant. Mais ce qui mérite notre intérêt, c’est la réflexion que cela peut susciter.

 

          Cette semaine, Jean-Pierre Denis (hebdomadaire La Vie) écrivait :  « Ce christianisme sans Christ est une perversion absolue. Il a quelque chose de blasphématoire ». Je fais totalement miens ces mots car je crois profondément que les personnes qui causent le plus de tort à l’Évangile ne sont pas ceux qui combattent l’Église mais plutôt ceux qui cherchent à l’instrumentaliser au service de leurs intérêts politiques, financiers ou, plus couramment, au service de leur ego. Identitaires de tous poils, nationalistes aveuglés et autres va-t-en-guerre : ils veulent bien du christianisme mais surtout pas du Christ, ils en appellent à l’institution mais jamais ne se mettent à la suite de Jésus, ils veulent la religion pourvu que Dieu les garde d’avoir à se convertir.

 

          Voilà qui peut amener chacun de nous à se questionner sur lui-même car le danger d’un christianisme sans Christ nous guette toujours : une appartenance religieuse qui n’irait pas de pair avec une conversion personnelle. Si ma pratique religieuse ne provoque aucun cheminement intérieur, si ma lecture de la Parole de Dieu ne contribue qu’à me conforter dans mes propres convictions, si je ne me laisse jamais déplacer ou bousculer par l’Évangile, c’est sans doute que je suis encore trop peu ouvert à l’œuvre de Dieu en moi.

 

          A l’extrême opposé des gesticulations guerrières de Donald Trump, des policiers américains mettent un genou à terre face aux manifestants noirs en signe de pardon. A l’évidence, le Christ est de ce côté-ci : celui de l’abandon des bannières violentes et du refus de nos positions dominatrices, celui de la douceur et de la réconciliation. C’est à cette exigence-là que le Christ nous convoque ! 

Père Pierre-Alain LEJEUNE

Crédit photo : Reuters/Tom Brenner

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