457 - Prendre sa croix et perdre sa vie…

L’Évangile nous ouvre un chemin de transformation, un chemin qui passe par la déprise de soi, par une mort à soi-même afin d’advenir à notre être véritable.

L'édito du 28 juin 2020

          Dans l’Évangile de ce dimanche nous entendons des mots qui peuvent résonner amèrement à nos oreilles : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi… qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera ».

          Pour nombre de personnes, ces mots véhiculent l’image d’une religion doloriste : il faudrait souffrir beaucoup pour être sauvé ; le plaisir et le bien être en deviendraient suspects. Évidemment cette interprétation qui a fait le succès de la pensée janséniste est une distorsion de l’Évangile. Et pourtant… Pourtant il faut bien entendre ces mots de Jésus : « prendre sa croix, perdre sa vie... »

          Ils nous indiquent un chemin que, spontanément, nous ne voulons pas prendre. C’est que naturellement, les hommes voudraient rester tels qu’ils sont, dans l’état inachevé qui est le leur et qu’ils pensent définitif : ce moi – nous pourrions l’appeler le « Moi Je » - auquel ils s’identifient et qui n’est qu’une caricature de ce qu’ils sont appelés à devenir. Du coup, ils cherchent dans la religion l’espoir d’obtenir l’immortalité de ce « Moi Je ». Or l’Évangile ne nous promet absolument pas l’immortalité de notre moi originaire mais la résurrection, ce qui est tout à fait différent. L’Évangile nous ouvre un chemin de transformation, un chemin qui passe par la déprise de soi, par une mort à soi-même afin d’advenir à notre être véritable.

          Mais le « Moi Je » ne veut surtout pas passer par la déprise de soi et c’est lui qui est profondément déçu lorsqu’il entend Jésus lui dire qu’il ne se trouvera qu’à condition de se perdre. Bien des personnes se laissent toucher par la figure de Jésus mais font demi-tour dès qu’ils entendent parler de la croix. Or l’enjeu véritable de la vie chrétienne, c’est de consentir au chemin de pâques, au mystère de la croix, au passage de la mort à la résurrection. L’Évangile ne répond au désir de l’homme qu’en faisant subir à ce désir une transformation radicale.

          En ce sens, notre recherche d’un Dieu protecteur est ambiguë. De quoi Dieu nous protège-t-il ? Nous rêvons parfois qu’il puisse nous protéger de cette transformation de nous-mêmes, de cette mort à nous-mêmes alors que c’est précisément sur ce chemin que nous appelle Jésus. Si Dieu nous protège, c’est d’abord en nous gardant de nous recroqueviller sur nous; s’il nous protège, c’est d’abord en nous entraînant vers le chemin de pâques.

          La croix peut se présenter sous des formes très diverses dans nos vies : un jour ou l’autre, il faut la prendre à bras le corps. C’est alors que ces circonstances douloureuses de la vie qui nous éprouvent peuvent devenir le « lieu » de notre Pâques, de notre transformation, de notre entrée dans la vie véritable ! Jésus a pour nous une ambition bien plus grande que nous-mêmes : il veut pour nous la Vie en plénitude ! Ne lui tournons pas le dos…

Père Pierre-Alain LEJEUNE

Crédit photo : Grégoire Chambon

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