478 - Le sacrement de l’unité

Comment l’eucharistie, qui est le sacrement de l’unité, le sacrement qui fait notre unité, peut-elle devenir source de division ?

L'édito du 22 novembre 2020

          Ces derniers jours, concernant l’interdiction de célébrer la messe, nous avons vu se manifester toutes sortes d’opinions divergentes parmi les catholiques. Il y a les partisans des manifestations pour obtenir l’autorisation de célébrer la messe. Ils mettent en avant un argument qui doit être entendu : comment accepter que des magasins de bricolage soient ouverts le dimanche matin mais qu’il soit interdit de se réunir dans une église ? Consommer oui, prier ensemble non ? Quelle est cette société qui ouvre ses banques mais interdit aux croyants de prier ensemble ? Qu’est-ce que cela dit de notre monde ?

          De l’autre côté, il y a les partisans de la discrétion :  ils défendent l’importance de manifester notre solidarité avec tous ceux qui vont mettre la clé sous la porte, notamment les petits commerçants et les artistes ; ceux qui ne savent même pas s’ils pourront nourrir leur famille le mois prochain. L’arrêt des célébrations liturgiques serait une manière de prendre part au désarroi de millions de français et de participer concrètement à la lutte contre le virus.

          Le débat est fort complexe et il me semble que tous ces arguments méritent d’être écoutés. Mais ce qu’il faut absolument éviter, c’est que ce sujet devienne une cause de division dans l’Eglise. Comment l’eucharistie, qui est le sacrement de l’unité, le sacrement qui fait notre unité, peut-elle devenir source de division ? Il est désolant de voir des frères et des sœurs chrétiens se déchirer sur les réseaux sociaux ou dans les média sur ce sujet. Certaines déclarations ou caricatures relèvent bien plus du manque de charité que de la recherche de la vérité.

          Fort heureusement dans nos paroisses des Jalles, il ne semble pas que ce soit le cas mais nous devons faire preuve de la plus grande vigilance à ce sujet. Il est essentiel de chercher à comprendre l’autre et la position qu’il défend ; d’écouter celui qui pense différemment sans juger d’emblée sa manière de penser. Il faut se méfier du mécanisme bien connu de la projection : bien souvent nous caricaturons la pensée de l’autre en projetant sur lui des idées qui sont bien plus les fantômes contre lesquels nous voulons nous battre que ce qu’il pense réellement. Ecouter l’autre prend du temps et demande de l’humilité et de la patience.  

          Dans notre monde de l’hyper-communication, cela semble hélas de plus en plus rare. Les réseaux sociaux constituent un piège. Ils nous donnent l’illusion que nous pouvons tout savoir et tout dire sans tenir compte des subtilités du langage et de la complexité de la pensée. Ils induisent souvent une communication épidermique, peu réfléchie et bien peu respectueuse des personnes.

          Il me semble essentiel pour nous et vital pour notre Eglise que l’eucharistie ne devienne pas un sujet de division mais demeure le sacrement de notre unité. Il est important de continuer à débattre de ces sujets mais en gardant bien à l’esprit que toutes nos opinions sont secondaires par rapport au cœur de notre foi : Jésus Christ est notre unité.

Père Pierre-Alain Lejeune

Crédits photo : La Cène, Juan de Juanes - Wikimedia Commons

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