500 - Ensemble

Ce que je vous commande c’est de vous aimer les uns les autres
 (Jn 15, 17)

L'édito du dimanche 2 mai 2021

En découvrant l’aggravation dramatique de la pandémie au Brésil ou en Inde, nous pourrions être tentés par la pensée peu avouable que, fort heureusement, cela ne se passe pas chez nous et qu’il y a trop à faire ici pour les aider là-bas. Cette manière-là de penser n’est pas seulement étroite, elle est surtout fausse. Les virologues nous apprennent que laisser un pays sombrer dans la pandémie, c’est prendre le risque que se développe un foyer de nouveaux variants qui tôt ou tard arriveront chez nous. Bref, nous n’avons pas le choix : il nous faut aider les pays les plus fragiles à lutter contre la Covid 19. Voilà que la pandémie nous rappelle une vérité que nous avions presque oubliée : nous dépendons les uns des autres et une tempête ne se traverse qu’ensemble.

Nous n’avons pas le choix… Dans l’Évangile, l’amour du prochain n’est pas une option proposée, une suggestion parmi d’autres ou, comme le disent certains, une valeur pour donner du sens à notre vie. Dans l’Évangile, l’amour est un commandement ! « Ce que je vous commande c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 15, 17). L’amour du prochain - du moins cet amour dont parle l’Évangile et non la caricature que nous en faisons souvent - est la seule manière de nous en sortir. Ce n’est pas un choix parmi d’autres, c’est la seule alternative à la mort ; Jésus nous commande d’aimer car c’est le seul chemin qui conduit à la vie.

Cela rejoint un aspect fondamental de la foi chrétienne. Car le salut pour nous n’est pas de l’ordre de l’épanouissement personnel comme le vantent bon nombre de spiritualités à la mode, de techniques de méditation centrées surtout sur l’ego et jusqu’aux publicités pour le yaourt ou l’air conditionné qui nous vendent du bien-être. La spiritualité sans Dieu dans sa version moderne et la société de consommation relèvent de la même logique : essentiellement nombriliste.

A l’inverse de cette caricature, la foi chrétienne proclame que nous serons sauvés ensemble ou pas du tout… Nous ne serons sauvés qu’ensemble puisque le salut se joue dans le lien qui nous unit, dans ce qui se passe entre nous. Nous ne pouvons pas prétendre nous en sortir individuellement et chacun pour soi. Nous dépendons les uns des autres.

Voilà qui devrait nous conduire à nous regarder autrement, à nous accueillir autrement. Nous ne nous sommes pas choisis mais c’est ensemble qu’il nous faut parcourir le chemin de cette vie, comme un peuple en exode, soutenant les plus faibles et nous appuyant sur les plus forts. Notre commune humanité nous oblige à un chemin commun.  Ou bien la vie est une aventure commune, ou bien elle ne conduit qu’au recroquevillement sur soi et à la mort. Réjouissons-nous de devoir prendre soin les uns des autres ; c’est ainsi et seulement ainsi que nous prenons véritablement soin de nous.

Père Pierre Alain Lejeune

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