519 -  La bienheureuse déception de l’Évangile

Qui perd sa vie la trouve !

L'édito du dimanche 12 septembre 2021

          Je reprends ici le titre d’une méditation que je vous avais proposée en visioconférence, pendant la Semaine Sainte en avril dernier. Car dans l’Évangile de ce dimanche nous entendons ce dont je parlais alors : la déception de Simon Pierre. L’apôtre refuse le chemin que Jésus est en train de dévoiler : chemin d’abaissement, chemin de croix, de mort et de résurrection. Simon Pierre est déçu car il se fait probablement une autre idée de ce que doit être le Christ. 

          « La bienheureuse déception de l’Évangile ». Je me souviens que ce titre avait suscité l’étonnement : l’Évangile nous déçoit-il ? Et une déception peut-elle être heureuse ? Pourtant, qui n’a jamais ressenti cette déception ? « Dieu n’a pas répondu à mon attente. La vie n’a pas tenu sa promesse ». Et lorsque Jésus dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive », qui accueille cette parole spontanément avec joie ?

          Oui, l’Évangile déçoit parce qu’il nous dit que la vie dont parle Jésus passe par une mort dont nous ne voulons pas. Et je ne parle pas ici de la mort physique mais de ce long processus de renonciation, de deuil, de transformation intérieure dont spontanément nous ne voulons pas.

          Au fond, ce qui est déçu, c’est cette part de nous-même qui n’aspire qu’à obtenir la satisfaction de son désir de plénitude. Cette part de nous accrochée à notre ego qui ne veut pas changer ; ce que Saint Paul appelle le « vieil homme ». Le vieil homme en nous ne veut surtout pas passer par la déprise de soi, il ne veut surtout pas passer par la mort à lui-même. C’est lui qui est profondément déçu dans ses revendications lorsqu’il entend l’Évangile ; déçu d’apprendre qu’il ne se trouvera qu’à condition de se perdre. Il est déçu car il rêve d’un dieu héros triomphateur, un dieu jupitérien à l’image de ses rêves de puissance ; pas d’un messie crucifié.

          Bien des spiritualités modernes construisent leur succès sur cette tromperie : en flattant l’ego dans ses revendications. Elles parlent de développement personnel et de plénitude… L’Évangile, au contraire, ne flatte pas notre ego mais l’appelle à une métamorphose, à une nouvelle naissance, au passage de l’homme ancien à l’homme nouveau et cela passe par une mort à nous-même. Quand Jésus nous appelle à perdre notre vie, c’est de cette perte-là qu’il parle : « Qui perd sa vie la trouve ! ».

          Oui, cette déception est bienheureuse car Jésus nous annonce que c’est dans le consentement à cette perte que nous venons enfin à la vie, que nous trouvons la liberté intérieure. Vous percevez qu’il n’y a rien de morbide ni de doloriste dans ces mots. Bien au contraire ! L’apôtre Simon Pierre, après bien des péripéties, suivra Jésus sur ce chemin et trouvera la vraie Vie. La déception du vieil homme cédera le pas à la joie de l’homme nouveau et sa vie en sera transformée. Quelle est heureuse cette déception première qui ouvre notre désir aux dimensions du désir de Dieu et notre vie aux dimensions de sa vie !

Pierre Alain Lejeune

Crédit photo: Site Internet "Mieux traverser le deuil"

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