417 - Le désir tout-puissant

Face au manque, au désir non satisfait, l’homme se découvre plus fragile et aussi plus humain.

L'Édito du 15 septembre 2019

            Cette semaine, l’examen du projet de loi sur l’extension de la PMA à toutes les femmes a débuté à l’Assemblée Nationale. Ce projet de loi prévoit d’étendre la PMA - jusque-là réservée aux couples souffrant d’infertilité - aux femmes vivant en couple homosexuel mais également aux femmes célibataires. Ainsi, une femme n’ayant pas de conjoint, pourrait faire « un bébé toute seule », comme le chantait Jean-Jacques Goldman. Sans aucune histoire d’amour, sans aucune rencontre, froidement dans une salle d’hôpital… simplement parce qu’elle veut un bébé. 

            Cette question est très complexe et il ne s’agit aucunement de porter un jugement sur les personnes qui souffrent de ces situations mais il est important de comprendre ce qui se joue là. Car ce projet de loi est symptomatique d’une société qui ne sait plus prendre aucun recul face au désir ; une société qui, face à un manque, ne sait rien faire d’autre que de tenter de le combler. Or il ne suffit pas qu’un désir soit réalisable pour qu’il soit bon de le réaliser. Lorsque le désir devient tout puissant et envahissant, c’est l’homme qui devient son esclave.

            Le désir d’enfant est très profondément ancré dans l’être humain et il faut bien sûr aider et accompagner les couples confrontés à l’infertilité. Mais peut-on réellement mettre sur le même plan le cas d’une femme seule qui, sans rencontrer d’homme, veut satisfaire son désir d’enfant ? Le désir, lorsqu’il refuse la confrontation au principe de réalité, lorsqu’il cherche par tous les moyens à être satisfait, devient un despote intérieur. 

            A un niveau personnel, chacun de nous fait cette expérience : si nous capitulons devant tous nos désirs, si nous les laissons suivre leur logique anarchique sans leur opposer aucune résistance, sans aucune maîtrise ni prise de recul, alors nous devenons leurs esclaves. 

            Les premières pages de la Bible nous enseignent que la meilleure manière de répondre à un manque n’est pas forcément de le combler. Face au manque, au désir non satisfait, l’homme se découvre plus fragile et aussi plus humain. Dans ce combat intérieur, l’homme « insatisfait » grandit et s’humanise ; lorsqu’il renonce à la toute-puissance de son désir, l’homme devient plus libre, il devient capable de s’ouvrir à l'autre et de nouer des relations humaines.

            Sur ce sujet, la voix de l’Église n’est pas écoutée ; notre société devient totalement sourde à toute sagesse qui conteste la réalisation de ses caprices. Il est plus que jamais urgent de faire pression sur nos députés, en leur demandant d’avoir le courage de sortir des rangs d’un « politiquement correct » totalement aveuglé par ce que dicte l’air du temps.

Pierre-Alain Lejeune

 

Crédit photo: © sakkmesterke / iStock

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